Vomir la "trostlose Ungefähr"!

18 janvier 2009

Prudence is a rich ugly old maid courted by Incapacity - W.B.

     Inutile de s'étendre sur vos propos en provenance directe des blanches rives du lac de Walden, dont la pureté n'a -parait-il- d'égale que la riante dureté de vos propos, car vous savez -parce que vous avez su l'établir, en cela nous ne pouvons que vous louer- l'innataquabilité de ceux-ci. Si nous les acceptons strictement en effet, bien évidemment, nous n'aurons plus rien à leur ajouter, sinon de utiles relectures, ersatz aussi stupides qu'une thèse universitaire ayant pour objet la misogynie nietzschéenne d'Ainsi parlait Zarathoustra. Si nous nous élevons contre vos dires en revanche, cela sera semblablement inutile dans la mesure où nous paraîtrons ainsi semblables à quelque suppôt de Satan aux yeux d'un jeune moine capucin, emplis que nous serions alors de la lâcheté et de la faiblesse que vous condamnez par ailleurs si justement semble-t-il.
     Bien sûr, nous pourrions dire que votre rejet de la société est lui aussi inscrit au sein de la société (n'évoquons qu'Into the Wild, exemple parmi les plus récents et parmi les mieux accueillis, ce qui, cela-dit en passant en démontre le calibrage) en tant que fait social d'une mode actuelle, encouragé par la figure désormais hollywoodienne du marginal à longue barbe, réminiscence du Faust de Murnau et du non moins chatoyant Archimède le Clochard, de cet "insensé sublime" dirait Nerval, de ce "poète maudit" dirait Verlaine ; tradition déjà bien ancienne (Properce déjà ne révait-il pas d'une vie agraire paisible avec sa donzelle et ses moutons ?) qui d'ailleurs interroge la faisabilité et le fondement de cette ambition. De même que Diogène n'a vécu, à son époque et jusqu'à la notre (rappelons nous des dires de Xerxès dans 300 : l'Histoire est le fait du pouvoir.) que parce qu'Alexandre, en dernière instance, vous nous l'accorderez, l'a voulu ainsi, de même nous ne pouvons critiquer la société que parce qu'elle nous le permet. Certes, le nabot renforce le contrôle étatique des médias - mais enfin on peut toujours lire Thoreau ou Nietzsche, dans une librairie ou dans une bibliothèque, fut-elle nationale. Nous pourrions dire cela mais, nous le savons tout comme vous le savez, le résultat demeure identique. Comme disait William Blake, "the tygers of wrath are wiser than the horses of instruction".
     Mais n'oublions pas, en revanche, que nous ne pouvons être qu'un pont lancé vers le surhumain ; jamais l'homme ne le pourra être -le terme lui-même le dit déjà- il ne pourra que tendre à l'être - et désirer être fort, ce n'est point l'être, cela peut être embarassant. "The roaring of lions, th bowling o wolves, the raging of the stormy sea, and the destructive sword, are portions of eternity too great for the eye of man." (Voyez comme j'ai rentabilisé ma lecture de Blake ! Alors, immonde capitaliste - ou humaniste plein de prodigalité ?)
     Mais mangeons, maintenant ! Mangeons, et baffrons nous bien ! Nous partons pour longtemps - et nous mangeons aux rateliers de la culture.

The Dude

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15 janvier 2009

"Nos meilleurs dieux sont dans notre vaillance"

Malhabile et emporté, je vous l'accorde, et avec quelque chose de la vapeur canine que Diogène me fit monter à la tête...Il reste à expliquer les cibles de ma critique, en prenant pour point de départ la strophe de ce poème, souvenez-vous: "il va bien plus loin, ce mendiant poussiéreux, il déclare en effet que toute entreprise humaine n'est que fumée". Il y a là dedans une critique radicale, un pet à la face des puissants de ce monde: imaginez plutôt...l'homme à la longue barbe et au regard fou, à la croisée des chemins, vêtu de son seul manteau et de sa force naturelle à faire trembler un Alexandre: un contradicteur, opposant aux valeurs de cette société avariée un naturel insouciant et une éclatante santé. L'homme qui enlace nu des statues couvertes de neige quand nos dirigeants se complaisent dans leur confort malsain...cherchez cette force du côté de notre chère Alliot-Marie ou de l'affreux nabot que la dictature du plaisir nous à offert comme chef. Comme est triste le monde que l'on nous offre à voir, comme sont tristes ces rangs de jeunes filles à franges et de jeunes hommes aux cheveux lissés, pourtant destinés à terme à tenir les plus hauts postes de "notre" nation, comme sont tristes ces longues files de conducteurs solitaires effectuant leurs aller-retour journalier pour aller sacrifier leur vie sur l'autel de la croissance économique, de la cuisine aménagé et de l'écran plasma leur permettant, le soir venu, de contempler leur déchéance dans le regard vide des ménagères de quarante ans venues chercher du rêve au rabais sur des chaînes financées par le contribuable, ultime humiliation du monstre froid et ricanant s'incarnant sous les traits du présentateur, roquet au sourire colgate et au brushing impeccable. Voilà pour ce qui est de la fumée de toute entreprise humaine, autrement compréhensible comme vanité ou farce grotesque. L'homme vidé de son sang et de sa force, le mouton et le berger, c'est ce qui me rend ce monde mou et méprisable.
Mais loin de moi tout nihilisme obtus, et, citant Thoreau, je vous dirai: "Qui êtes-vous, vous que le monde a déçus? N'avez-vous pas plutôt déçu le monde?" Et je suis intimement convaincu de la justesse de ces paroles. La confiance que je reposai dans ma chair, fragile et un jour, à n'en pas douter, putréfié, était une manière d'indiquer ma foi et ma reconnaissance dans un mouvement qui je l'accorde me dépasse. Et si la vertu est la manière dont il faut parcourir le chemin menant du liquide amniotique à la tombe, il est hors de doute que travailler à l'accorder à l'éclat de rire le plus profondément vivant est le chef d'oeuvre dont nous pouvons nous faire les seuls maitres...la tâche divine par excellence, notre tâche. Et vous m'accorderez, si ce n'est moi qui vous l'accorde, que l'esthétique, le cinéma et tout art à même de faire éclore sur les lèvres le sourire, prélude enchanteur à cette oeuvre d'intelligence qu'est le rire, est admirable en lui même et par ce qu'il montre de force vive.
En conclusion, mieux vaut courir nu dans la neige que de se laisser baisser par "l'affreux système" et les compensation à trois franc six sous qu'il nous accorde si nous nous abaissons à payer notre cul pour un frigidaire...je vous en reparle dans dix ans si je n'ai pas trop mal à la mâchoire d'avoir passé une dure journée de travail à quatre pattes sous la table de mon DRH.

Michka.

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12 janvier 2009

"La satiété et le dégoût du monde le dévorent, il ploie sous le vide de l'existence, c'est dur je vous assure." Haneke

          Mais alors que faire mon bon ami ?! J'entends dans vos dires l'écho final d'un show horrifique donné il y a une trentaine d'années, lorsque le professeur hirsute déclamait en guise de morale : « Ils rampent à la surface de la Terre, ces insectes qu'on appelle la race humaine, perdus dans le temps, l'espace et la signification. » Nous sommes des astres de boue je vous l'accorde, incapables de nous asseoir même en nous résignant à l'incapacité du corps. Peut-être avez-vous raison en déclarant votre amour à l'enveloppe qui vous sert d'encensoir, mais vous fumez de toute part et déjà j'entends votre toux grave s'égarait dans le rien. Vous flirtez avec le nihilisme, car si rien de bon ne nous émoustille d'autre que nos peaux avilies qui se blessent au toucher, nous sommes condamnés à une plus basse cellule que celle de Narcisse, une prison d'hommes qui s'isolent et s'agrippent le membre sans démordre à sortir de leur carcan maculé. Alors certes, nous les guerriers valeureux d'un temps moderne déjà essoufflé, nous mourrons dans le sang, notre sang, tels des druides sacrifiés parmi leurs frères sur l'autel de leur lucidité. Le meilleur des bains après tout, celui-là ,le plus beau, comme revêtant nos stupides faces d'un manteau pourpre et plus fluide que nous n'aurions jamais su l'être. Marasme coulant dans les viscères de nos grimaces, c'est le prix à payer pour que là haut nos pairs nous reconnaissent parmi les leurs.
          Qu'attendons nous pour nous répandre alors, nous vider enfin et purifier ce marais suintant, éclatant en tac et toc de grosses bulles reflétant d'un jour absent? Qu'adviendra-t-il le jour fatidique de notre mort, où la putréfaction reprendra ses droits sur le vaisseau que nos esprits ont emprunté le temps d'un voyage somme toute bien inégal? J'ai peine à croire qu'il suffise à se résoudre tel que vous, à voir partout fumées et fanges et à s'y prélasser comme le porc qui ne différencie plus la vertu du travers. Ne sommes-nous pas des êtres d'intelligence, autrement que nos graisses et os épars ? Ne saurions nous redonner au salut un tout autre sens que la réussite et l'éclat d'obus de la gloire, celui qui pervertit les âmes? Je vois pour ma part un raffinement qui se travaille et se cultive. Soyons seuls en bonne mesure. Et plutôt que vous, l'armée de Xian déjà enterrée, soyons galvanisés par l'extase sans nous y perdre. L'hybris à tous ses charmes je vous l'accorde, mais le temps nous offre la durée pour la décadence, autant profiter de cette longue agonie pour prolonger nos rires. Il est dans mon air un temps que je convoite où, sans l'angoisse et le tort, l'homme aura pour lui et pour les autres attentifs l'étincellement d'une force sans reconnaissance publique. Celui-là vous l'appellerez sage ou bien poète, moi je le vois cinéaste et la petite fille se voit princesse. Sachons justement croire au delà des sueurs qui nous accompagnent à l'éveil, chaque matin durant, et sachons entrevoir un monde ouvert enclin à toutes les formulations, à toutes les rêveries, une terre fertile et modulée par tout talent, un univers à disposition de nos sens vecteurs, avides, et que ce tout désire que nous jouissions toujours sans que nos soupirs ne soient encore les derniers.

Angély

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08 janvier 2009

Nous ne sommes rien que des semblants d'ombres. Tournant et retournant comme un poids inutile à la terre.

Michka...suite et fin du titre précédant, paraphe en prime.

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Ô misérable engeance mortelle des humains!

Bah ouai je crois que c'est ça..."si je dois mourir, je veux mourir dans un bain de sang"-pensée à la sortie de "pour elle" dans le métro, en préparation à une hypothétique attaque de gangster...pour ma défense j'ai pas mal ralentit ma consommation de cigarettes ces derniers temps, mais ça me semblait tout de même beaucoup plus profondément vrai que l'idée d'un amour universel à l'objet indifférencié.

Succès, possession, réussite éclatante...bien des choses qui ne passent pas forcément par l'abaissement ou l'asservissement d'autrui mais dont on ne peut nier le fait qu'elles soient inhérentes à la nature humaine...
J'aime que tout soit beau et brillant de perfection autour de moi, mon amour passe par un sens du raffinement esthétique et de l'excellence de l'âme...voilà tout...perfectionniste à en mourir, à en refuser de vivre...
Je m'en remet donc à toi Ô mon frère, idole de pleurs et de désir...
Tu m'a jusque là conduit par les plus dangereux sentiers, n'as tu pas gagné ma confiance? je te sens plus que ne te comprend, tu est l'indicible... et je t'aime Ô ma chair.

Il y avait, naguère, Philon, un certain Monime, homme sage
mais un peu moins illustre. -celui qui portait une besace?
-Pas une mais trois besaces. Et pourtant, par Zeus,
il n'a jamais rien proféré de ressemblant au
"Connais-toi toi même", ou autres paroles fameuses.
En réalité, il va bien au delà notre mendiant poussiéreux:
Il déclare en effet que toute entreprise humaine n'est que fumée.

Ménandre.

La richesse, disait-il, est le vomissement de la Fortune

Il nous faudrait enfin reconnaître dans toute son étendue la dimension artificielle-la grotesque farce que constitue notre marais social:)

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16 novembre 2008

« L'on ne résout pas toutes les difficultés au moyen d'une métaphore ». (P. Nougé)


« Allons plus loin la société à qui vous imputez une si grande importance n’est pour moi qu’un canin plus ou moins dompté. Ainsi elle peut nous émouvoir comme nous sommes émus devant un regard de chien battu, et comme nos amis les canidés elle nous contraint à un nombre certain de devoirs. Elle nous mord si ne nous tenons pas nos engagements, montre les crocs si nous nous élèvons contre elle, mais le simple fait que, comme tout propriétaire affectueux faisant prendre le soleil à son fidèle compagnon sur une aire d’autoroute en l’attachant solidement au pylône adjacent pour être sur qu’il ne le suive pas, nous pouvons de droit nous affranchir de toutes structures régulatrices de l’espace politique devenant trop pressantes tend à démontrer un fait certain: nous nous inscrivons nécessairement dans un espace politisé tant que celui-ci offre une réponse conforme à l’actualisation de nos intérêts particuliers. »

Gaston Bachelard le dit avec raison peut-être : il croit à tort penser celui qui passe de métaphores en métaphores. Loin de moi l’idée cependant de vous retirer ce dont vous voulez à tout pris faire montre, et encore moins de prétendre échapper moi-même au péril de la métaphore, véritable trompe l’œil intellectuel qui, lorsqu’il semble donner à penser, fait l’esprit se mouvoir en cercle sur des images plutôt que de chercher à parler de la chose même, et nous ferions mieux de crier comme Husserl « Zu den Sachen sebst » plutôt que d’esthétiquement la contourner comme le poète qui, lui, ne vise pas la même chose peut-être que le philosophe, ou tout du moins, il semble qu’il faille leur garder deux domaines bien distincts. Pour paraphraser Kant, ce n’est pas étendre une chose que de ne pas savoir en tracer les limites ou de se refuser à le faire. C’est un appel à la rigueur philosophique qui nous conduit à préférer un retour à la chose même (TO PRAGMA AUTO). Votre problème –si problème il y a en vérité- semble être celui des rapports que l’homme entretient avec la société, qui, selon vos propos, ne serait que comme un animal de compagnie (remarquez le retour à la comparaison, que vous avez vite, malheureusement, délaissée). J’aimerais examiner avec vous les implications d’une telle comparaison (qui vous paraît peut-être tellement tentante, mais la quitter pour la métaphore constitue une pierre d’achoppement, certes délicieuse, je n’en doute pas une seconde). Selon vous, il y a donc différence de nature, différence essentielle entre société et « moi ». Peut-être votre animalisation de la société vous empêche-t-elle tout d’abord de la penser autrement que comme une entité floue, une masse indistincte, un « corps » enfin duquel il est bien aisé de parler mais qui constitue peut-être trop une évanescence intellectuelle (cette espèce de chose dont tout le monde parle et sur laquelle tout le monde a une opinion mais qui n’a peut-être aucune existence hors de vos pamphlets et tirades enflammées). Cela vous conduit à la traiter en « canin plus ou moins dompté », et j’avoue chercher encore la sens profond de cette affirmation. Votre animalisation de la société, ainsi que sa présentation comme entité distincte du moi, finit par me faire soupçonner que vous la prenez au fond pour une altérité simple, conduisant au schéma on ne peut plus classique du moi versus le monde, « ce monde » naturellement muni de ses tentacules, et nommé « enfer » plus vite qu’il ne faut sûrment. De plus, vous qui parlez de « devoirs », pensez-vous réellement les devoirs sociaux et moraux au même niveau que celui d’aller emmener un chien faire sa petite promenade ? Quelle commune mesure peut-on y trouver, que peut-on en conclure de fécond si ce n’est que vous vous êtes laissé aller encore une fois à votre poétique ? Je crois qu’il y a une attitude bien puérile à considérer l’Autre comme un chien, c’est-à-dire selon vous comme une pure contrainte donc il faudra tout prix se dégager. Pensez-vous seulement que l’homme choisisse la société, c’est-à-dire autrui, parce qu’il en a besoin et que le jour où il le désire, peut « l’abandonner » comme on abandonne une bête ? Je crois que votre idéalisme vous coûte cher. Tout cela n’aboutit en dernière instance qu’à réaffirmer cette vieille rengaine de l’homme face à la société mangeuse d’hommes et donc il s’agit à tout prix de s’extirper : en effet, quoi de plus fructueux que « d’aspirer à la solitude pour échapper à la dépendance » ? (Lacordaire).

Meretrix

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10 novembre 2008

Cave canem!

Chacune de mes lectures semblent suivre un rythme ternaire immuable, je m’écris plein d’enthousiasme Orage! Des espoirs! M’inclinant devant votre promptitude à succomber aux emportements enthousiastes, mais hélas rapidement je me mets à haïr cette sagesse ennemie que nous employons si mal en la plaçant sous l’empire de notre égotisme triomphant, qu’importe!

Cher Dude je ne remets pas en cause l’intégralité de votre propos, qui inlassablement s’évertue à parer toute objection possible, si bien que vous n’exposez rien qui ne transcende votre défense argumentative. Mais là semble être votre conception de la philosophie, et vous le faites si bien que je me dois de vous reconnaître un talent indéniable, sauf peut être pour votre dernière publication où vous semblez tant avoir recouru à une pensée chaotique qu‘elle en devient chancelante . Etiez vous pressé par un quelconque impératif moral? Ecoutez donc Rilke qui de son verbe tout végétal nous inciter à laisser mûrir [notre pensée] comme l’arbre qui ne hâte pas la sève le long de ses feuilles!Ou alors cessez de vous inspirer des feuillets mobiles de Shopenhauer, il n’y a pas d’art d’avoir toujours raison mais avoir raison est un art qui passe souvent par la reconnaissance des acquis obtenus par la sagacité d’autrui. Ainsi je vous trouve assez odieux et corrosif dans votre critique des propos d’Angély qui nous offre la meilleur vision de sa personne, son génie libéré du sophisme gratuit et de la rhétorique toute bouffonesque propre à son pseudonyme. J’acquiesce et approuve entièrement l’idée d'une primauté du moi sensible sur le moi intelligible, le rapport premier au monde étant il est vrai sensoriel, oserais-je vous rappelez , Dude qu’avant de penser l’être il nous faut le saisir?Alors que vous êtes convaincu que l'appréhension de l'être est impossible sans ouvrage réflexif préalable ce qui vous conduit inévitablement à vous faire partisan d'une métaphysique aporétique immuable et idéaliste. Pardonnez moi la naïveté de ce propos un peu trop empiriste à mon goût mais qu’il nous faut réitérer, Dude s’égarant dans les méandres de son esprit n’a pas vu qu’il niait les principes mêmes de ses conceptions philosophiques fondatrices. Revenons à votre notion de déterminisme sociétal que vous défendez depuis la création de cet espace de déraison. Je ne peux nier qu’il est réel mais qu’il ne conditionne pas notre identité, ainsi au travers d’un prisme subjectif nous décidons les conditions de cette adaptation au cadre politique, et déterminons par la même occasion les limites tolérables de notre acceptation. Le processus est assez similaire à un phénomène exposé par certains sociologues qu’ils qualifient de socialisation secondaire exercée par les groupes de pairs, en d’autres mots par la « camaraderie ». Votre entourage et vos fréquentations vous ont transmis un nombre de valeurs, d’affects mais le choix de vos fréquentations a été le fruit de votre propre initiative. De plus malgré un nombre de valeurs que vous partagez, les oppositions sont nombreuses et houleuses comme le prouve cet espace. Cet exemple n'est peut être pas très judicieux mais tend à prouver que le déterminisme sociétal que vous exposez n’est tout au plus qu’une influence, il est vrai nécessaire, sur laquelle nous effectuons obligatoirement un retour. L’assimilation de valeurs et des normes constituées ou leur refus voire leur négation nous appartient entièrement. Votre remarque portera sur la négation d’une liberté plénière au sein de l’espace politique, mais trouvez vous cette remarque judicieuse? La seul preuve d’un réel déterminisme sociétal se trouve dans la constitution d’une morale et d’une éthique dont nous pouvons aisément nous détacher et je pense que sur ce point vous vous ne me contredirez pas. Ainsi même si la société limite parfois notre attitude comportementale, en d’autres mots la geste sociologique ( Angély évoquait cette dimension publique surannée à l’Homme contemporain) elle n’influence en rien notre système de pensée dépendant entièrement de notre volonté propre et de nos exercice du jugement réfléchi sur des notions nécessairement inscrites dans l’interaction sociétale.

Allons plus loin la société à qui vous imputez une si grande importance n’est pour moi qu’un canin plus ou moins dompté. Ainsi elle peut nous émouvoir comme nous sommes émus devant un regard de chien battu, et comme nos amis les canidés elle nous contraint à un nombre certain de devoirs. Elle nous mord si ne nous tenons pas nos engagements, montre les crocs si nous nous élèvons contre elle, mais le simple fait que, comme tout propriétaire affectueux faisant prendre le soleil à son fidèle compagnon sur une aire d’autoroute en l’attachant solidement au pylône adjacent pour être sur qu’il ne le suive pas, nous pouvons de droit nous affranchir de toutes structures régulatrices de l’espace politique devenant trop pressantes tend à démontrer un fait certain: nous nous inscrivons nécessairement dans un espace politisé tant que celui-ci offre une réponse conforme à l’actualisation de nos intérêts particuliers.

Nous en arrivons donc à votre notion d’individualisme qui est je vous l’accorde évidente compte tenu du fait que c’est cette dernière  qui motive la condition première de toute structure politique. La société en elle-même n’est que l’association d’individu trouvant en elle un cadre propice à la réalisation de leurs désirs premiers, ainsi elle est contractuelle et suppose l’accord tacite d’individus qui reniant leur liberté plénière naturelle désire avant tout obtenir un contentement auquel ils ne pourraient prétendre à l’état naturel. Notre espace politique n'est qu'un vaste conglomérat d'envies et de desseins particuliers juxtaposés pour former un support d'échanges où le moyen terme est et demeure nos motivations singulières et contingentes.Chienne de société me dirais vous! Je ne fais qu’exposer un ordre naturel constitutif de toute régulation sociale qu’il nous faut  accepter et non vénérer ce que vous ferez sûrement en remettant en cause ce propos, toute entreprise de dénigrement de l’évidence conduisant votre intellect à se fixer sur des objets qui devrait lui être épargné.

                          Calx                                                                                                                                  

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23 octobre 2008

"Quand lama faché..."

      Mais l'enfant, cher ami, n'est pas homme ; on dit "it" de lui dans la langue anglaise, rapellez-vous ! (On ne nait pas homme, on le devient :P) De même l'idiot n'est-il encore humain (selon l'acception aristotélicienne, dois-je vous la rappeler ?) que parce qu'on doit, par décence et par conformité sociale (ce qui est la même chose, d'ailleurs ; vous m'en excuserez, il est encore tôt), le considérer comme tel. Sous le régime nazi par exemple, il était un sous-homme. Certes, il pense, un début de pensée. Hitler a toujours été un peu colérique. Mais légitimer les affects comme vous semblez le faire, c'est tailler à l'Homme un short bien moulant ; vous pensez donc que l'on nait avec le gène de la tristesse ? Le cariotype du bonheur ? Revenu au siècle qui est celui de votre homonyme, vous pensez que nous sommes sujets aux fluides d'"humeur", la bile noire, la bile jaune et autre mélancolie ? Mais, mon cher, ces affects ne sont que l'invention de notre esprit, influencé par ce qu'il voit, entend, lis, etc. Comment sinon expliquer qu'un duel à mort nous est aujourd'hui inconcevable, fou, presque romanesque, lors qu'il fut la première cause de mort pendant bien longtemps chez les nobles dans notre même beau pays ? C'est que le concept d'Individu -car il n'est rien d'autre- a pris une place de plus en plus importante dans notre pensée. En cela aussi, les humeurs et autres sentiments n'ont rien de propre à notre existence.
      Exemple concret ? Au Japon -avant qu'il se plie aux règles de ce qu'on appelle maladroitement "globalisation" suite à l'occupation américaine et à ce que cela implique, je ne vous apprend rien- la notion d'Individu acceptait pour seule définition "Membre du corps social". Ce qui explique les "vents divins", cela dit en passant, mais qui montre surtout que votre aveugle amour de vous-même et de cette belle notion n'est rien de plus que le fruit de votre existence occidentale actuelle et donc capitaliste (Welthare State, droit à la propriété etc. ; et en plus il voudrait commettre un nouveau parricide ! Quel être abject et impie :D). Ainsi les Samouraïs ne vivaient que pour le maître à qui ils avaient juré fidélité, et mourir par sa main était avant tout un honneur. "En temps de guerre, le témoignage de sa loyauté consistera à se porter s'il le faut au-devant des flèches ennemies sans faire cas de sa vie". Le but n'est-pas, vous l'aurez compris, de remplacer un dieu par un autre, mais de montrer que le votre est tout relatif. Aujourd'hui, qui ne considèrerait pas ce genre de mort comme un fait atroce ? Restons Français, disait l'autre. Est-ce suffisant ? Vous auriez été un penseur japonais, le katana d'O-Ren Ishii vous chatouillerait déjà les poils du cou. L'Individu n'est pas un système référentiel universel, il n'est donc pas le bon. Celui de l'Homme pensant, en revanche...
      Vous dites, je cite en substance, que le viril dépasse l'idéal. Mais le viril n'est-il pas lui aussi - un idéal ?
      Vous citez Zarathoustra, et je vous en suis gré, (et si nietzschéen est aussi universelle que l'amour de Maïté dans mes propos, peut-être est-ce parce qu'il a eu le bon goût de traiter de tout ?) mais pourquoi lui faire dire de revenir au corps ? Pour faire ceci, ils leur faudrait déjà faire montre d'intellect. Croyez-vous qu'un arbre a conscience de lui-même ? Voyons... "Admettez le, quoi que je fasse, quoi que je pense, je suis." encore faut-il, mon cher, en avoir conscience. Et sans retomber dans la doctrine de Parménide (L'Etre est), il faudrait savoir ce que vous êtes, et ce pour quoi et qui vous êtes. Un dieu ? Un chat ? Vos pairs ? Un rhododendron ? Il faudrait presque paraphraser Descartes pour lui faire dire "je pense que je suis donc je suis", mais cela, vous en conviendrez, est loin d'être suffisant ; "on pense que je suis donc je suis" est également insuffisant. Peut-être "On pense que je suis donc je pense que je suis donc je suis" se rapprocherait-il davantage de la justesse, mais vous allez m'accuser de vous vouloir perdre en vous jouant du cor le soir au fond des bois.
      Je ne prétends pas m'extraire de notre condition fangeuse, cher Angély. Elle nous est nécessaire. Et jusqu'aux tréfonds de votre volonté d'Individuation. Vous allez mettre sur le tapis votre particularisme ; un enjeu bien intéressant. Vous savez que ce genre de considération est particulièrement difficile à penser pour l'intellect, c'est-à-dire au sens premier la capacité à tisser des liens (inter : entre ; ligere : liens), donc la systématisation ;mais peut-être aurai-je une quinte flush ?

The Dude

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22 octobre 2008

« Et la garde qui veille aux barrières du Louvre / N'en défend point nos rois. » Malherbe

    Premièrement, je tiens à présenter mes excuses quant à la drôlerie facile de mon dernier article, me moquant grassement du peu de subtilité de mes compères, c’était, je vous l’accorde, le bordel qui se fout de la volupté. Je crois qu’il est temps de cesser mes plaisanteries dignes du pseudonyme qui m’incombe, je désirai peut-être lui rendre hommage en ce matin dominical fort embué, mais je dois vite m‘abstenir de telles bassesses qui risqueraient de m‘envoyer à la potence de la facilité, où vos pieds dansent toujours dans l‘air avec l‘enthousiasme du sénile qui dans sa propre voix trouve une mélodie entraînante. Cet article caricatural était donc, je vous le promet, le dernier de la sorte, il restera comme miettes d’appât à la surface du lac, nourrissant ceux qui disent qu’en moi une bêtise sert à défroquer les uns, et à engrosser leurs compagnes.
    Boire? Mais que boire? La critique encore plus profonde de l’individualisme dont vous faites l’exposé me paraît tracer ses contours sur le fond d’une neurasthénie offensive. L’homme, à l’intérieur de lui-même, n’a pas même la joie de se trouver individu ? Scindé comme le cul, vous en faites l’apôtre de l’Idée qui enfourche le Sens, dans la portée pareillement épique du duel entre Pégase et la Chimère. Vous vous servez de l’adjectif nietzschéen comme cuisinier parle de cuisson, vous nous le mettez à toutes les sauces, ce cuisant roublard qui n’est jamais passé à la casserole.
    Voilà que vous vous adaptez à l’être et à sa raison, que vous fuyez successivement les champs de bataille, laissant à ces no man’s land de la pensée, le soin de désagréger par siècles et années vos armes et vos culottes perdues dans l’empressement. Quel empressement, d’ailleurs, qui vous pousse à renier aussi arbitrairement les carences de vos théories. Paradoxal et sans fin de considérer l’homme sans sa pensée, réduit à l’état de sensible ? Qu’en est-il de l’enfant et de l’idiot ? Qu’en est-il de cette grandeur que vous vous faites à propos du mince nuage qui encombre nos encéphales ? Est-il si définitif, si inévitable, si obstruant ? Du déterminisme de l’esprit, vous en venez à vous contredire cher Dude, et apprenez à voir chez l’homme, corrélativement à sa pensée dite inextricable, le particularisme initial qui affecte chacun dans le bain identitaire. Et j’insiste sur ce point, puisque vous y oscillez maladroitement : il est plutôt question de prédestination que de regain individuel d’autonomie. Ils sont coquets vos accoutrements de marins d’eau douce qui miroitent le jour mutin, vos pompons sur vos casquettes et vos sourcils bien brossés, vous traversez l’adolescente conviction que l’on s’arrache seul à la vie, par l’acharnement de ses ongles trop limés, plus que l’on ne dérive à l’océan que par les marées successives. Cessez donc d’imaginer Neptune comme le geôlier de votre pensée, ce n’est que la Vie qui vous étouffe de ses bras velus. Vitam regit fortuna, non sapientia dit la célèbre formule de Cicéron (C’est la fortune, non notre sagesse, qui gouverne notre vie). Admettez le, quoi que je fasse, quoi que je pense, je suis. Nulle mathématique dans cette équation, simple (bio)logique.
    Si je vois un cheval foncer sur moi au triple galop, me faut-il penser Cheval, penser Galop, penser Moi, avant que de ne m’écarter de son chemin. Simple réflexe me direz vous-là. J’use du primitif pour corroborer mes propos. Soit. Puisque vous vous sentez portés par la civilité, la morale et la noblesse du langage, j’en userai à votre séance. Alors si l’on me pose un argument qui me déplaît, sur un support virtuel qui plus est, je m’excite et mes poils s’hérissent, mes doigts s’agitent comme par névrose sur un clavier martyr de notre frénésie égotique. Cette violence de propos qui ici s’étale - et chacun, moi y compris, s’apprête à la reconnaître - dans un conflit de pensées qui, somme toute, ne pensent qu’à se contredire, n’est-elle pas, à elle seule, démonstrative de cette suprématie du sens, dit péjorativement primitif. Ce sont nos affects, et quelques bousculements hormonaux, qui dictent bien souvent nos goûts et nos Idées, notre perception des autres et de soi-même. Qui ne s’est jamais arrêté à ce qu’il voyait me jette la première pierre. Devant vous, sur cet amoncellement d’articles qui feignent l’écoute et le débat, n’y a-t-il pas planté le drapeau du viril surpassant l’idéal en regardant bien ce miroir fragmentaire où grimace la pureté de nos êtres. Si l’homme raisonne, c’est seulement pour mettre en abyme son ignorance, ainsi Pascal met par écrit ce discours intérieur : « " Je ne sais qui m’a mis au monde, ni ce que ce c’est que le monde, ni que moi-même; je suis dans une ignorance terrible de toutes choses; je ne sais ce que c’est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, et ne se connaît non plus que le reste. […] " »
    N’en déplaise à Irvin, œuvre de Krank sur la cité des enfants perdus, qui participe, lors du bouquet final, au salut des naufragés, il est l’être suprême pensant par excellence, celui que Voltaire fantasmait mou et palpitant, le Surhomme peut-être, mais il n’est de fait qu’un cerveau baignant dans un aquarium, c’est ainsi que vous aimeriez considérer l’homme? L’Homme, à ce mot seul je pourrais frémir car j’y vois le sang et le barbare, j’entends hurler des armées de morts casqués d’épines, sifflant diverses symphonies là où l’animal ne fait que rugir toujours pareillement. C’est très peu de choses qui nous écarte en définitive de notre corps, de notre prétendue raison même n’étant qu’un regain d’esprit dans les méandres perceptifs et affectifs. Cela même que vous nommez pensée, doit résulter complexement d’un conglomérat de sentiments et d’humeur qui fondent, nous le croyons, chaque jour notre prétendue personnalité. En leur faisant ses adieux, Zarathoustra s’adresse ainsi à ses disciples : « L’esprit et la vertu se sont égarés et mépris de mille façons différentes. Hélas! Dans notre corps habite maintenant encore cette folie et cette méprise: elles sont devenues corps et volonté ! », il termine en leur ordonnant cela: « Maintenant je vous ordonne de me perdre et de vous trouvez vous-mêmes; et ce n’est que quand vous m’aurez tous renié que je reviendrai parmi vous. » Il sous-entend alors l’abandon pour les hommes de la croyance en tout ce qui leur paraissait jusqu’alors supérieur, il conseille l’oubli de la prétendue pensée qu’il représente, pour qu’ils reviennent à eux-mêmes, leurs corps qui est leur essence, car sans avoir effectuer cela, ils ne sauront avoir une pensée pure, bien plus tard. Sans la vulgarisation de l’être, on ne peut prétendre, comme vous l’avez fait, à en titiller les tenants, attelez vous d’abord à cultiver le champ de blé avant de juger du goût du pain; de son prix nous discuterons plus tard les enfants.

Angély

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20 octobre 2008

"Hannibal ad Portas !"

     Enfin, notre univers numérique va rayonner de la vraie philosophie, de celle qu'on enseigne dans les grands lieux de la culture ! Enfin, nos vils sophismes se verront remis en cause par la grande clairvoyance de l'esprit de contradiction ! Enfin, nos boutades plébéiennes se verront annihilées par la grandeur d'âme et la mansuétude de l'enfant chéri du pays, parti en éclaireur dans les lointaines contrées pleines de traquenards et de grands bandits agrégés ! Enfin, notre vieux monde paysan se verra porté vers les hautes nuées de l'acerbité gratuite par notre amphitryon trop vite enfui !
     Enfin ! Enfin ! Ce lieu se rend digne de son illustre prédécesseur ! Enfin il mérite d'être appelé, tel l'autre lui-même - l'Assommoir... Enfin, ce lieu retrouve la saveur première de la grotte archaïque, lieu de la plus parfaite et de la plus immaculée mauvaise foi, où l'odeur de la cendre froide est parsemée de citations toujours substantielles du vieux Friedrich, qui virevoltent autour de l'illusion mouvante d'un Jimi Hendrix animé par de dithyrambiques vapeurs, alors qu'il est parallèlement reproché aux auditeurs leur trop grande dépendance aux savoirs qui ne sont pas leurs... Écoutez ! N'entendez vous pas murmurer le vieux roublard, avec un léger sourire ; humains, trop humains ?
     N'est-il pas parvenu à ses fins, le rusé ? N'a-t-il pas sous les yeux ses plus dévoués lecteurs s'écharpant allègrement à coups de considérations inactuelles ? Ne nous considère-t-il pas joyeusement, lorsqu'il nous voit partir en quête du crépuscule des idoles ? Ne nous entend-il pas composer d'une main fébrile quelque rapsodie pleine de couacs en Nietzsche majeur, par-delà bien et mal ? Les enfants, je vous le dis, nous sommes de nouveau en quête de notre déclin ; Welcome Home, Boys ! Chantons tous l'avènement du fils qui prodigue !
     Voilà pour le comité d'accueil, les ballons étaient trop chers. J'entends dans tes propos une chose qui, avant les autres, peut-être, devait être au moins eclaircie, sinon interrogée. Il faudrait selon ce que j'ai compris attendre d'être assez mûr soi-même, d'avoir assez infusé dans sa propre science et son propre savoir pour enfin rayonner ; tel la rampante chenille qui, après avoir opéré le retour sur soi-même dans sa chrysalide imperméable se métamorphose en un lumineux papillon. Il faudrait alors pour cela considérer que l'on atteint un beau matin, le savoir dans sa quintessence et dans sa finitude ; en bref que l'on peut aller au bout de la connaissance et se contenter ensuite de la dispenser à ceux qui en sont dignes. Voilà qui remet en cause tout l'ouvrage de notre chère M.-C., qui ne se contentait jamais de traiter de la philosophie comme d'une Histoire factuelle, mais qui agrémentait son propre savoir de références littéraires indépendantes du schème chronologique "normal", en bref qui considère que si le savoir absolu avait été atteint, il rayonnerait effectivement dans une matière qui ne serait plus philosophie, mais histoire de la philosophie. Te connaissant, je sais que tu ne manqueras pas de remarquer que ce qui n'a pas été fait dans le passé se pourra faire dans l'avenir. Mais même si tel était le cas, il s'agirait alors d'inscrire en lettres d'or la fin de la pensée pour instaurer l'existence de la classe prépa universelle.
     Laissons là ces considérations trop larges, le vieux Nietzsche ne s'y adonnait qu'à ses heures perdues ou lorsqu'il devait payer ses impôts. Opérons nous aussi le retour sur nous-mêmes, à la manière du soleil, sembles-tu dire, c'est-à-dire qui auto-alimente son propre rayonnement. Le problème ici posé semble avant tout être celui de la volonté de puissance. Comment, en effet, nous ne serions finalement qu'hommes du ressentiment, haineux de nous voir désavantagés par notre existence -ce qui expliquerait notre véhémence à la condamner-, frustrés en somme de nous voir châtrés comme tu l'as dit par les lois morales et les coutumes culturelles ? Nous voudrions rayonner et tyranniser le monde entier, et ce même pétris de bonnes intentions, au sens moral cette fois, dans la mesure où nous voudrions être ceux qui fixent les nouvelles normes ? Il y a du vrai dans ceci, c'est indéniable. Mais une fois que notre règne sera devenu effectif, que nos propres normes et nos propres valeurs seraient consacrés comme étant les nouvelles vérités universelles, qu'adviendrait-il de notre volonté de puissance ?
     Car tu conviendras que considérer la haine, et au travers d'elle le ressentiment, comme un phénomène inhérent à la condition humaine, c'est retomber dans le plus bas freudisme qui, je pense, est ici unilatéralement abhorré. La nature, et je crois être bien loin de me faire révolutionnaire en l'affirmant, est indépendante de tout sentiment, haine ou amour, ressentiment ou envie, et si le chat tue petits oiseaux et tendres rongeurs, ce n'est pas par xénophobie, mais par intérêt.
     Imaginons donc que nous actualisions notre volonté de puissance, notre désir de création -puisque nous créerions de nouvelles lois-, au final donc que nous accédions au pouvoir (déjà entendu dans le sens sociétal, car il serait difficile d'être crédible en revendiquant quelque puissance qui serait indépendante de toute comparaison avec l'altérité. Impossible en effet de penser la volonté de puissance dégagée de tout relativisme. Nietzsche lui-même parle de l'aristocrate, du descendant de la race noble comme de celui qui est capable et qui a besoin d'asservir ses pairs. Nous avons beau déborder dis-tu de volonté de puissance, si nous chantons "Je suis le maître du monde" lyre en main dans quelque station de métro lilloise, il serait difficile de croire à une prosternation universelle...), comment pourrions-nous donc vouloir être encore puissants ? Tel Napoléon, nous nous lancerions à la conquête de la Russie ? Et si nous sommes plus forts que lui encore et que nous asservissons le monde ? Nous ne pourrions vouloir être plus puissants, ayant en main le pouvoir social le plus absolu. La volonté de puissance étant un phénomène toujours indépendant de l'opposition à, qui s'érige toujours contre, et nous nous devrions de nous en passer, sans quoi nous nous déjugerions et entreprendrions une révolte contre nous-même, ce qui tu me l'accordes n'a aucun sens. La volonté de puissance est toujours déjà ressentiment ; ce qui en fait un fondement quelque peu argileux. Il en est d'autres autrement plus instables, il est vrai, mais peut-être leur tour viendra.
     La volonté de puissance est une naumachie sans gloire, bien que sanglante et retentissante. En quête d'honneur, notre pensée se fait l'un de ces comédiens romains et huilés qui meurent lors de combats de pacotilles pour des causes aussi illusoires qu'elles sont sans ancrage dans notre réalité. Laissons au cinéma l'archétypale prise de revanche. Notre pensée ne saurait s'obscurcir de ce genre de pathos, qui, même s'il s'avère n'être qu'apparent, nous donnera l'apparence de quidams encore trop plébéiens.
     Tu remettras alors en cause, comme tu l'as déjà me sembles-t-il succinctement entrepris par le biais de Cioran, la légitimité du raisonnement trop rationnel, qui implique encore l'idée de l'indépendance de l'âme par rapport au corps, et surtout de sa supériorité sur celui-ci. Considérer la raison comme prisonnière de notre haine latente est certes acceptable, bien qu'un brin freudien, mais n'éveillons pas ton juste courroux par de si badines allusions. Il serait inutile de préciser que tout autre discours n'aurait aucune légitimité, ce serait donner tort à Brecht qui disait que "la Vérité est fille du Temps pas de l'Autorité" et ce serait de plus donner les lattes pour se faire frapper. Toute réflexion pourtant doit être inscrite dans un processus réflexif rationnel pour quitter le statut d'a priori et de vérité d'emblée acceptée comme telle, honnis de tous, dans un ensemble touchant qu'on appelle philosophie. Se fonder sur tout autre schème de pensée, par exemple instinctif, ne peut être qu'erroné, dans la mesure où l'instinct n'est rien d'autre qu'une somme d'habitudes. Il en va de même d'ailleurs pour tout autre sentiment, et opposer à la mode romantique rationalité et sensibilité tient du non-sens le plus parfait que seul certain professeur que tu n'as pas eu le bonheur de connaître peut déblatérer d'un air savant ; étant donné qu'on peut se passer de l'un et de l'autre, et pour assurer la primauté du rationnel sur le sensible, on pourrait paraphraser Spinoza en disant que l'un est utile, l'autre nuisible. Ce n'est pas pour rien que les dieux sont toujours pure essentialité. S'il existe un instinct hérité de la nature, premier et antérieur à toute existence sociale, il n'a rien à faire au sein de la pensée. Penser l'Homme comme créature avant tout naturelle est juste, et cela me rappelle d'ailleurs quelque soirée animée de janvier (Calx devrait pouvoir en témoigner - mes mains en sentent encore le liquide vaisselle:D), mais le penser comme un être qui doit se débarrasser de sa qualité d'être pensant, cela comporte un paradoxe qu'il est inutile de mettre en exergue.
     Se détacher de tout schéma rationnel, c'est laisser parler sa propre subjectivité (elle-même composée de la subjectivité des autres, c'est entendu), là où il faudrait tendre à l'objectivité ; car même pour penser la subjectivité, il faut l'objectiver ; et la fin de la pensée, ce n'est pas le règne du surhumain, c'est celui du néant, contre lequel nous nous dressons, je crois, unilatéralement ici, dans une mesure toute succincte il est vrai, mais après tout Henry Hill n'a-t-il pas commencé en garant les voitures ? Macte, generose puer, sic itur ad astra ; sed nunc est bibendum !:D

The Dude

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