18 janvier 2009

Prudence is a rich ugly old maid courted by Incapacity - W.B.

     Inutile de s'étendre sur vos propos en provenance directe des blanches rives du lac de Walden, dont la pureté n'a -parait-il- d'égale que la riante dureté de vos propos, car vous savez -parce que vous avez su l'établir, en cela nous ne pouvons que vous louer- l'innataquabilité de ceux-ci. Si nous les acceptons strictement en effet, bien évidemment, nous n'aurons plus rien à leur ajouter, sinon de utiles relectures, ersatz aussi stupides qu'une thèse universitaire ayant pour objet la misogynie nietzschéenne d'Ainsi parlait Zarathoustra. Si nous nous élevons contre vos dires en revanche, cela sera semblablement inutile dans la mesure où nous paraîtrons ainsi semblables à quelque suppôt de Satan aux yeux d'un jeune moine capucin, emplis que nous serions alors de la lâcheté et de la faiblesse que vous condamnez par ailleurs si justement semble-t-il.
     Bien sûr, nous pourrions dire que votre rejet de la société est lui aussi inscrit au sein de la société (n'évoquons qu'Into the Wild, exemple parmi les plus récents et parmi les mieux accueillis, ce qui, cela-dit en passant en démontre le calibrage) en tant que fait social d'une mode actuelle, encouragé par la figure désormais hollywoodienne du marginal à longue barbe, réminiscence du Faust de Murnau et du non moins chatoyant Archimède le Clochard, de cet "insensé sublime" dirait Nerval, de ce "poète maudit" dirait Verlaine ; tradition déjà bien ancienne (Properce déjà ne révait-il pas d'une vie agraire paisible avec sa donzelle et ses moutons ?) qui d'ailleurs interroge la faisabilité et le fondement de cette ambition. De même que Diogène n'a vécu, à son époque et jusqu'à la notre (rappelons nous des dires de Xerxès dans 300 : l'Histoire est le fait du pouvoir.) que parce qu'Alexandre, en dernière instance, vous nous l'accorderez, l'a voulu ainsi, de même nous ne pouvons critiquer la société que parce qu'elle nous le permet. Certes, le nabot renforce le contrôle étatique des médias - mais enfin on peut toujours lire Thoreau ou Nietzsche, dans une librairie ou dans une bibliothèque, fut-elle nationale. Nous pourrions dire cela mais, nous le savons tout comme vous le savez, le résultat demeure identique. Comme disait William Blake, "the tygers of wrath are wiser than the horses of instruction".
     Mais n'oublions pas, en revanche, que nous ne pouvons être qu'un pont lancé vers le surhumain ; jamais l'homme ne le pourra être -le terme lui-même le dit déjà- il ne pourra que tendre à l'être - et désirer être fort, ce n'est point l'être, cela peut être embarassant. "The roaring of lions, th bowling o wolves, the raging of the stormy sea, and the destructive sword, are portions of eternity too great for the eye of man." (Voyez comme j'ai rentabilisé ma lecture de Blake ! Alors, immonde capitaliste - ou humaniste plein de prodigalité ?)
     Mais mangeons, maintenant ! Mangeons, et baffrons nous bien ! Nous partons pour longtemps - et nous mangeons aux rateliers de la culture.

The Dude

Posté par Calx8 à 16:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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