12 janvier 2009

"La satiété et le dégoût du monde le dévorent, il ploie sous le vide de l'existence, c'est dur je vous assure." Haneke

          Mais alors que faire mon bon ami ?! J'entends dans vos dires l'écho final d'un show horrifique donné il y a une trentaine d'années, lorsque le professeur hirsute déclamait en guise de morale : « Ils rampent à la surface de la Terre, ces insectes qu'on appelle la race humaine, perdus dans le temps, l'espace et la signification. » Nous sommes des astres de boue je vous l'accorde, incapables de nous asseoir même en nous résignant à l'incapacité du corps. Peut-être avez-vous raison en déclarant votre amour à l'enveloppe qui vous sert d'encensoir, mais vous fumez de toute part et déjà j'entends votre toux grave s'égarait dans le rien. Vous flirtez avec le nihilisme, car si rien de bon ne nous émoustille d'autre que nos peaux avilies qui se blessent au toucher, nous sommes condamnés à une plus basse cellule que celle de Narcisse, une prison d'hommes qui s'isolent et s'agrippent le membre sans démordre à sortir de leur carcan maculé. Alors certes, nous les guerriers valeureux d'un temps moderne déjà essoufflé, nous mourrons dans le sang, notre sang, tels des druides sacrifiés parmi leurs frères sur l'autel de leur lucidité. Le meilleur des bains après tout, celui-là ,le plus beau, comme revêtant nos stupides faces d'un manteau pourpre et plus fluide que nous n'aurions jamais su l'être. Marasme coulant dans les viscères de nos grimaces, c'est le prix à payer pour que là haut nos pairs nous reconnaissent parmi les leurs.
          Qu'attendons nous pour nous répandre alors, nous vider enfin et purifier ce marais suintant, éclatant en tac et toc de grosses bulles reflétant d'un jour absent? Qu'adviendra-t-il le jour fatidique de notre mort, où la putréfaction reprendra ses droits sur le vaisseau que nos esprits ont emprunté le temps d'un voyage somme toute bien inégal? J'ai peine à croire qu'il suffise à se résoudre tel que vous, à voir partout fumées et fanges et à s'y prélasser comme le porc qui ne différencie plus la vertu du travers. Ne sommes-nous pas des êtres d'intelligence, autrement que nos graisses et os épars ? Ne saurions nous redonner au salut un tout autre sens que la réussite et l'éclat d'obus de la gloire, celui qui pervertit les âmes? Je vois pour ma part un raffinement qui se travaille et se cultive. Soyons seuls en bonne mesure. Et plutôt que vous, l'armée de Xian déjà enterrée, soyons galvanisés par l'extase sans nous y perdre. L'hybris à tous ses charmes je vous l'accorde, mais le temps nous offre la durée pour la décadence, autant profiter de cette longue agonie pour prolonger nos rires. Il est dans mon air un temps que je convoite où, sans l'angoisse et le tort, l'homme aura pour lui et pour les autres attentifs l'étincellement d'une force sans reconnaissance publique. Celui-là vous l'appellerez sage ou bien poète, moi je le vois cinéaste et la petite fille se voit princesse. Sachons justement croire au delà des sueurs qui nous accompagnent à l'éveil, chaque matin durant, et sachons entrevoir un monde ouvert enclin à toutes les formulations, à toutes les rêveries, une terre fertile et modulée par tout talent, un univers à disposition de nos sens vecteurs, avides, et que ce tout désire que nous jouissions toujours sans que nos soupirs ne soient encore les derniers.

Angély

Posté par Calx8 à 05:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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