23 octobre 2008

"Quand lama faché..."

      Mais l'enfant, cher ami, n'est pas homme ; on dit "it" de lui dans la langue anglaise, rapellez-vous ! (On ne nait pas homme, on le devient :P) De même l'idiot n'est-il encore humain (selon l'acception aristotélicienne, dois-je vous la rappeler ?) que parce qu'on doit, par décence et par conformité sociale (ce qui est la même chose, d'ailleurs ; vous m'en excuserez, il est encore tôt), le considérer comme tel. Sous le régime nazi par exemple, il était un sous-homme. Certes, il pense, un début de pensée. Hitler a toujours été un peu colérique. Mais légitimer les affects comme vous semblez le faire, c'est tailler à l'Homme un short bien moulant ; vous pensez donc que l'on nait avec le gène de la tristesse ? Le cariotype du bonheur ? Revenu au siècle qui est celui de votre homonyme, vous pensez que nous sommes sujets aux fluides d'"humeur", la bile noire, la bile jaune et autre mélancolie ? Mais, mon cher, ces affects ne sont que l'invention de notre esprit, influencé par ce qu'il voit, entend, lis, etc. Comment sinon expliquer qu'un duel à mort nous est aujourd'hui inconcevable, fou, presque romanesque, lors qu'il fut la première cause de mort pendant bien longtemps chez les nobles dans notre même beau pays ? C'est que le concept d'Individu -car il n'est rien d'autre- a pris une place de plus en plus importante dans notre pensée. En cela aussi, les humeurs et autres sentiments n'ont rien de propre à notre existence.
      Exemple concret ? Au Japon -avant qu'il se plie aux règles de ce qu'on appelle maladroitement "globalisation" suite à l'occupation américaine et à ce que cela implique, je ne vous apprend rien- la notion d'Individu acceptait pour seule définition "Membre du corps social". Ce qui explique les "vents divins", cela dit en passant, mais qui montre surtout que votre aveugle amour de vous-même et de cette belle notion n'est rien de plus que le fruit de votre existence occidentale actuelle et donc capitaliste (Welthare State, droit à la propriété etc. ; et en plus il voudrait commettre un nouveau parricide ! Quel être abject et impie :D). Ainsi les Samouraïs ne vivaient que pour le maître à qui ils avaient juré fidélité, et mourir par sa main était avant tout un honneur. "En temps de guerre, le témoignage de sa loyauté consistera à se porter s'il le faut au-devant des flèches ennemies sans faire cas de sa vie". Le but n'est-pas, vous l'aurez compris, de remplacer un dieu par un autre, mais de montrer que le votre est tout relatif. Aujourd'hui, qui ne considèrerait pas ce genre de mort comme un fait atroce ? Restons Français, disait l'autre. Est-ce suffisant ? Vous auriez été un penseur japonais, le katana d'O-Ren Ishii vous chatouillerait déjà les poils du cou. L'Individu n'est pas un système référentiel universel, il n'est donc pas le bon. Celui de l'Homme pensant, en revanche...
      Vous dites, je cite en substance, que le viril dépasse l'idéal. Mais le viril n'est-il pas lui aussi - un idéal ?
      Vous citez Zarathoustra, et je vous en suis gré, (et si nietzschéen est aussi universelle que l'amour de Maïté dans mes propos, peut-être est-ce parce qu'il a eu le bon goût de traiter de tout ?) mais pourquoi lui faire dire de revenir au corps ? Pour faire ceci, ils leur faudrait déjà faire montre d'intellect. Croyez-vous qu'un arbre a conscience de lui-même ? Voyons... "Admettez le, quoi que je fasse, quoi que je pense, je suis." encore faut-il, mon cher, en avoir conscience. Et sans retomber dans la doctrine de Parménide (L'Etre est), il faudrait savoir ce que vous êtes, et ce pour quoi et qui vous êtes. Un dieu ? Un chat ? Vos pairs ? Un rhododendron ? Il faudrait presque paraphraser Descartes pour lui faire dire "je pense que je suis donc je suis", mais cela, vous en conviendrez, est loin d'être suffisant ; "on pense que je suis donc je suis" est également insuffisant. Peut-être "On pense que je suis donc je pense que je suis donc je suis" se rapprocherait-il davantage de la justesse, mais vous allez m'accuser de vous vouloir perdre en vous jouant du cor le soir au fond des bois.
      Je ne prétends pas m'extraire de notre condition fangeuse, cher Angély. Elle nous est nécessaire. Et jusqu'aux tréfonds de votre volonté d'Individuation. Vous allez mettre sur le tapis votre particularisme ; un enjeu bien intéressant. Vous savez que ce genre de considération est particulièrement difficile à penser pour l'intellect, c'est-à-dire au sens premier la capacité à tisser des liens (inter : entre ; ligere : liens), donc la systématisation ;mais peut-être aurai-je une quinte flush ?

The Dude

Posté par Calx8 à 12:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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